Des "authentocs" aux Lakotas

Mardi, 11 Novembre 2008 18:51 Zis
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L'art/artisanat des natifs américains (appellation officielle), dans le Dakota du Sud, aujourd'hui est une illusion.
Je veux dire que ce que le touriste en découvre procède d'un numéro d'illusionniste.
Tout art/artisanat s'inscrivent dans une continuité historique, se nourrissent du passé, de la tradition.

 Artisan lakota

Ainsi, ce qui concerne les indiens lakotas, et en général, les natifs d'Amérique du nord, se trouvent enfermés dans un contexte évènementiel : génocide culturel, depuis le 18e siècle, jusqu'à aujourd'hui. Egalement, et ce depuis les premiers contacts avec l'homme blanc, à travers les aquarelles de G. Catlin et de K. Bodmer jusqu'à « Danse avec les loups », s'est élaborée une culture de remplacement, stéréotypée, qui, hélas, a constitué le seul référent identitaire aux jeunes générations sioux américanisées.


Les Lakotas revendiquent à juste titre les Black Hills (Paha Sapah), terres sacrées accordées par le traitée de 1868, terres volées pour y recéler de l'or. Cette région, située tout contre la grande réserve lakota de Pineridge, désertique (Badlands), stérile, est devenu l'une des principales sources de revenus pour les blancs. "Piège à touristes", Pompes à fric" sont les qualificatifs qui me viennent à l'esprit. Les richesses minérales sont vendues dans les boutiques de souvenirs, sous formes d'échantillons joliment "packagés" (feuilles d'or, pierres semi précieuses...) Mais aussi, la culture western y est magnifiée largement, et bien évidemment la "culture indienne". Tout s'y vend : coiffes de guerre, pièges-à-rêves, figurines, chockers (colliers), à des prix, bien sûr abordables, mais exorbitants, quand on connait l'origine de ces produits : la Chine et l'Inde.
 
Quelle est l'attitude des Lakotas eux-mêmes, face à une telle concurrence ?


Un artisan, qui tient pendant l'été un petit stand au Crazy Horse Mémorial, et à qui je pose la question me donne cette surprenante réponse :

" Ça n'a pas d'importance... c'est la compétition"... (veut-il dire la libre concurrence ?). Il ajoute : -" Moi, je donne tout avec un cœur pur, et je prie, c’est ce qui fait la valeur de ce que je fais. c 'est une prière."

Décidément, nous ne parlons pas de la même chose...
De fait, cela me rappelle ce que j'ai si souvent entendu : " C'est la spiritualité qui nous sauvera..."

bear medicine

Très vite un souvenir m'assaille, celui du massacre de Wounded Knee, où les victimes avaient cru être protégées par la danse des esprits. Les anciennes prophéties ont toujours cours...
Toutes les représentations sacrées, amulettes et autres, sont là, sur ce petit stand. Chaque bijou porte un sens et un rapport direct avec l'ancienne mythologie (toujours vivante) des sioux :
-    La tortue taillées dans la catlinite (pierre rouge que l'on ne trouve qu'au Minnesota, terre d'origine, et qui est le sang des anciens) symbolise la terre-mère.
-    L'ours, pour l'instinct qu'il a de brouter les plantes médicinales et se soigner lui-même, est sensé transmettre son savoir. Rien, dans chaque représentation, n'est innocent.
-    Le bison au cours des premiers mois de sa vie changent de robe 4 fois, passant du blanc au jaune, du jaune au rouge et du rouge au noir, les 4 couleurs sacrées qui indiquent les points cardinaux, inscrits sur la "roue médecine".

Il est inconcevable pour un lakota que l'art ou l'artisanat soit coupé d'une démarche sacrée, présente dans le moindre acte de la vie quotidienne. Chaque objet en est habillé et jadis les tipis en particulier, portaient ces symboles de protection, l'oiseau-tonnerre par exemple.
Alors, ce que font les blancs...ne pourra que ce retourner contre eux.
L'art/artisanat, on le comprend, ne peut pas, a priori, être considéré comme source immédiate de revenus. Seulement comme richesse spirituelle.
...Et pourtant...
 

DE "PRAIRIE EDGE" A "WOUNDED KNEE"


Le sentiment d'appartenance à la grande nation sioux s'est considérablement renforcée depuis les années 1970 (période d'intense et tragique contestation, de révolte, dont l'épicentre se situa justement sur la réserve de Pineridge) et s'accroit encore avec les facilités de communication offertes par internet, qui agit comme un facteur fédérateur des nations.

Les fournitures de base pour la pratique artisanale sont facilement accessibles à tous (effet sans doute pervers) : cuirs, plumes, perles...sur des sites spécialisés comme "Crazy Crow", mais aussi dans quelques magasin répartis sur le territoire, et tenus par des "natifs". "Prairie Edge" en est un.



"Prairie Edge" est une superbe galerie d'exposition. Le directeur, originaire de St Francis, réserve Cicangu (pied brûlé) de Rosebud (SD), puis un jeune artiste répondent à mes questions.
J'apprends donc que les œuvres exposées et proposées à la vente, sont le fait d'un panel d'artistes sioux, donc "authentiques".


 

 

J'apprends aussi que chacun travaille selon les schémas traditionnels, qui sont des gardes-fous, mais avec une grande liberté d'imagination et de création. L'imagerie traditionnelle est un langage et chacun l'utilise à sa guise, me dit-on.
Enfin, je découvre qu'aucun d'entre eux ne vit de sa production. Chacun reste à la merci d'un emploi annexe concédé par un blanc...
 
Cependant... on reste encore loin de ces piètres colifichets que cette jeune descendante d'un glorieux guerrier massacré à Wounded Knee, en 1890, propose aux touristes, sur les lieux mêmes de la tuerie.
Elle et sa famille sont dans la survie. Il faut bouffer. Pas de spiritualité immédiate : il faut bouffer. Ses parents tiennent un stand snack Tex mex, tous habitent à 500 m de là et c'est moi qui leur apprend, grâce à mes recherches qu'ils logent exactement où se situait, à l'époque du massacre, le QG des troupes américaines...ils en restent pétrifiés...
Et puis, c'est par hasard, sous une pile de colliers, que je découvre chez cette jeune femme un surprenant talent. Celui de tresser des pièges à rêves. Ils sont, on le sait, devenus des gadgets suspendus aux rétro-viseurs des routiers...Elle est capable d'inventer une incroyable diversité de tressages à un seul fil, tous différents, tous beaux, tous nouveaux.
 
Là, à Wounded Knee,  il y a une terre de mort ou dans l'herbe rampe la voix des esprits des anciens. Là, à Wounded Knee, une jeune femme-araignée, chaque matin, tisse dans de petits cercles de bois, sans le savoir, le destin d'une nation....peut-être.
 
En bon français que je suis, et en bon européen, nourri à la culture classique gréco-latine, je ne peux m'empêcher de penser aux "Trois Parques"...

Zis VANDELLI 

 

 

Mis à jour ( Vendredi, 19 Février 2010 15:29 )